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04 mai 2026

N°326 des Croqueurs de mots



 N°326
Proposé par Annick, 
Elle nous propose d'écrire un texte (prose ou poésie)
– soit en utilisant des titres de romans, de chansons, de fables ou de poèmes (ex: Les trois mousquetaires rendent visite à la Dame aux camélias. Ils partent visiter Notre Dame de Paris et… …)
– soit en utilisant les titres de chapitres d’un livre que vous avez particulièrement aimé. 

A l'enterrement d'une feuille morte...
(Entre la fontaine et le pré vert)

C'était un beau matin quoique triste,  rappelle-toi Barbara !
A l'enterrement d'une feuille morte ensemble nous allions. En tête du cortège, au milieu du pré vert,  deux escargots marchaient, du crêpe autour des cornes.
Pour accompagner la défunte à sa dernière demeure entre le chêne et le roseau, nous chantions en chœur la chanson de l'oiseleur. C'était sa préférée, rappelle-toi Barbara !
Le lion et le rat chantaient faux mais  bien moins que le loup et l'agneau. L'un hurlait pendant que l'autre bêlait ! Quelle cacophonie ! 
- Faites les taire !  C'est insupportable ! Coassa  en se gonflant d'importance, la grenouille  qui veut se faire aussi grosse que le bœuf !
-Quelle prétentieuse celle-là ! S'écrièrent le meunier, son fils et l'âne  lui bien sûr, se contenta de braire.
Le soleil  commençait à taper fort, alors nous fîmes une halte au bord de la fontaine, le temps de nous désaltérer.
 Il faut bien le dire, la cigale et la fourmi avaient du mal à suivre, les pauvres petites !
 Après nous être rafraîchis, Nous reprîmes notre chemin. Qui en marmonnant des pater noster, qui en chantant à tue-tête la chanson de Prévert :"Les feuilles mortes" Un air de circonstance !
Sans attendre les autres, le lièvre et la tortue faisaient la course, arbitrés par le cancre qui pour une fois, avait la parole. Le corbeau et le renard se disputaient pour un bout de fromage, comme d'habitude.
- Ces deux-là ne savent rien faire d'autre ! Lança la laitière et le pot au lait en déséquilibre sur sa tête, tomba et se renversa sur le sol.  Elle en fut bien marrie mais c'était un peu tard pour se plaindre !
- Adieu veau, vache, cochon, couvée ! Prononça sentencieux le laboureur. Et ses enfants qui fermaient la marche se mirent à rire comme des bossus ! 
-Travaillez, prenez de la peine et ne gaspillez pas comme elle le fruit de votre labeur, ajouta- le père à l'intention de ses fils un rien dissipés !
- Vous allez voir ce que vous allez voir, ça va être un bel enterrement !  Prédit l'amiral en renouant sa cravate.
- Eh bien moi, j'aurais préféré aller à la pêche à la baleine, même dans un petit bateau ! Grommela le dromadaire mécontent.
-  Quand est-ce qu'on arrive ? J'ai mal aux pieds  ! Se plaignit Barbara
- On y est ! Bavèrent les deux escargots  qui menaient le cortège.
Au milieu de la prairie, debout sur une de ses longues pattes, près d'un trou proprement creusé dans l'herbe verte entre le chêne et le roseau, se tenait le héron au long bec, emmanché d'un long cou, chapeau haut-de-forme sur la tête et queue de pie noire oblige pour un maître de cérémonie funèbre.
- Prenez place ! Dit-il aux membres du cortège, nous allons commencer !
Sur une plaque était déjà gravée l'épitaphe de la défunte : "Ci-git la feuille morte ! Paix à son âme. In memoriam"

20 avril 2026

N°325 des Croqueurs de mots

Proposé par Zaza 

« Imaginez deux jeunes gens en quête d’aventures qui découvrent un vieux grimoire de recette de vin dans un domaine vinicole. Soudain, ils entendent un bruit inquiétant. Ne seraient-ils pas seuls, quelqu’un les suivrait-il ?
À vous de continuer cette histoire abracadabrantesque ! »
***

Franck et Dany

Dany et moi, le vin on s'en moque comme du jus d'une vieille chaussette ! Mais voilà, nos parents respectifs eux, sont de grands amateurs de ce breuvage issu des vignes du Seigneur comme ils disent. Du coup, cette année-là, les vacances c'était la Bourgogne avec visite de caves et de domaines viticoles jusqu'à plus soif ! Tu parles si ça nous intéresse ! Moi c'est Franck. Dany et moi on est copains depuis l'enfance. Nous avons des années de vacances communes vu que nos parents sont amis depuis toujours. Tous les deux, on vient de fêter nos 14 ans alors la dégustation de pinard, c'est vraiment pas notre came ! En revanche, faire de l'urbex en douce de nos darons, ça nous branche un max. On n'a pas les mêmes valeurs !
Ni mon pote ni moi on ne s'attendait à ce qui nous est arrivé au cours d'une de ces visites... On s'emm......un max pendant que nos parents s'extasiaient devant des montagnes de tonneaux. On s'est bien marrés une chouille en les regardant goûter les grands crus mais ça nous a vite gavés ! Ils en buvaient un peu, faisaient de drôles de bruits avec leur bouche avant de tout recracher. Dégueu ! Ils étaient tellement occupés qu'ils n'ont pas capté qu'on prenait la tangente. Elle était immense cette cave et dès notre arrivée, on avait repéré une porte basse entr'ouverte sur un escalier taillé dans la roche. Et nous voilà partis à l'aventure dans les sous-sols du domaine. En dessous de la grande salle ouverte aux visiteurs, il y en avait une autre, aussi vaste mais plus sombre, plus ancienne, plus poussiéreuse où s'alignaient des rangées de tonneaux en apparence hors d'âge. Le pied pour nous ! Ça sentait le vieux vin et le moisi, il faut le dire ! Mais ce n'était pas ça qui allait nous arrêter, au contraire !
On était là, à fureter un peu partout éclairés par la maigre lueur de nos portables quand Dany a vu, coincé entre deux barriques, un petit livre à la couverture de cuir usée par le temps. C'était un grimoire très ancien semblait-il. Ses pages jaunies étaient remplies de recettes de vin. Une aubaine ! Ça devait valoir un paquet de thunes ce truc !
-Faut juste trouver l'acheteur ! Jubilait Dany, enthousiaste ! On ira faire un tour sur le dark web en rentrant. En attendant faudra bien cacher notre trouvaille !
On faisait déjà des plans sur la comète quand soudain, on a entendu un bruit inquiétant derrière nous. Des pas lourds sur le sol inégal de la cave, une respiration rauque, comme essoufflée. Quelqu'un nous suivait, j'en étais sûr ! Mais qui ? Nos parents se seraient annoncés ! Sûr qu'on les aurait entendus ! En me retournant, j'ai cru apercevoir une ombre immense. Impossible de faire demi tour ! L'ombre nous barrait la route ! On a beau avoir l'habitude d'explorer des lieux interdits, on crevait de trouille. Alors j'ai hurlé :«Qui va là ?» Comme je l'ai si souvent lu dans les bouquins d'épouvante que je dévore ! Le hic c'est qu'on était dans la réalité, pas dans la fiction de mes histoires à faire peur. On avait peut-être affaire à un criminel en fuite, armé et prêt à tout pour ne pas finir en taule ! 
Quel abruti j'étais d'avoir braillé comme un putois au lieu de me taire et de me faire tout petit. Elle était où la sortie de ce tunnel ?
«Qu'est ce que vous foutez là les gamins ?» Grogna l'ogre tapi dans l'ombre.
On était foutus, faits comme des rats ! Je sentais déjà le souffle de la mort dans mon cou. Elle nous avait rattrapés sous la forme d'un géant vêtu de noir. La lumière crue d'une lampe torche m'aveugla. Dany s'était planqué derrière moi, tremblant comme une feuille. Ah ! On peut compter sur les copains en cas de danger !
-Y a des parents paniqués là-haut ! Les vôtres je pense ! Allez on remonte, je vous montre le chemin ! Non mais j'vous jure, on peut pas les tenir ces ados !
En fait, l'ogre n'était pas si grand ! C'est son ombre sur les parois de la cave qui était gigantesque. Nous en avons été quittes pour une belle peur et pour une grosse engueulade de la part de nos parents. Le pire c'est que sous le coup de la surprise, j'ai lâché le précieux grimoire. Adieu le bénef qu'on aurait pu en tirer !

06 avril 2026

Croqueurs de mots-Défi 324

 Jazzy nous propose d’écrire une page d’un roman qui n’existe pas, comme si c’était une page arrachée à un livre perdu. Rédiger le texte qui est écrit dessus en s'inspirant au besoin de certains genres littéraires (fantasy, romance, policier…).
Inclure cette phrase : La nature fait les hommes semblables et la vie les rend différents.



Trois frères

...en regardant sans cesse derrière lui dans la rue trop éclairée à son goût. Pourquoi ce foutu maire a t-il décrété de rallumer les lampadaires la nuit ? Cela risque de rendre ses petites occupations nocturnes illicites beaucoup plus périlleuses. Il peste intérieurement. La sécurité, la sécurité... Et sa propre sécurité alors ! Que le foutu maire en question soit Arnaud l'un de ses chers frères jumeaux, le fout encore plus en rogne ! Si totalement vêtu de noir dans une rue sombre, il devient presque invisible, en pleine lumière, autant s'accrocher direct dans le dos une pancarte avec en grosses lettres rouges le mot cambrioleur ! Le pire dans tout ça, c'est qu' Aristide, leur aîné de seulement quelques minutes, a eu l'idée géniale d'intégrer la gendarmerie ! Le pompon pour Anthony qui n'en mène pas large à l'idée de se retrouver un jour, ou plutôt une nuit, nez à nez avec son flic de frère.
Des trois, il est le seul à avoir comme qui dirait «mal tourné» ! Ah ça, pour sûr, il est loin, très loin d'être une copie conforme des deux autres ! Il a pourtant fini par dégoter un emploi stable et décent dans cette supérette de quartier mais ce n'est pas assez bien payé pour permettre à sa meuf de mener la vie de luxe dont elle rêve. Le jour, garnir des rayons et la nuit dégarnir des maisons momentanément vides, voilà à quoi il est condamné ! Heureusement, ses dignes frères et ses braves parents ignorent cette partie obscure de sa vie ! Sa mère et son père mourraient de honte s'ils savaient!
«La nature fait les hommes semblables et la vie les rend différents»
Il se rappelle fort à propos ce sujet de philo du bac qu'il avait su parfaitement développer à l'époque. Ça lui avait même valu un très honorable 13,5 ! Grâce à cette note, il avait été reçu avec la mention bien ! Il ne se doutait pas alors, à quel point l'avenir allait lui démontrer la justesse de cette assertion.
Trois frères jumeaux, élevés pareillement par des parents tout ce qu'il y a de bien, gentils, aimants, courageux, honnêtes comme on dit. Résultat des courses de cette éducation exemplaire : deux rejetons rangés, respectables et respectés, bons maris, bons pères, rien à redire ! Et lui le troisième larron, devenu voleur à la petite semaine pour satisfaire les gouts dispendieux d'une épouse aussi vénale qu'exigeante. On se pose des questions hein !
Il sursaute. Des pas résonnent dans son dos. Une voix l'interpelle. Cette fois...


 

23 mars 2026

Croqueurs de mots-Défi N°323

Le monde à venir nous questionne. Ensemble inventons-le ! 
Les 10 mots : alunir, anticipation, continuum, dystopique, humanoïde, particule, programmer, sidéral, théorie, transmuter.
Il faut en utiliser au moins trois.
***
Dystopie ?

Je suis plongée dans un roman d'anticipation, un récit dystopique dont je ne parviens pas à m'extraire tant la théorie qu'il développe, me semble moins farfelue qu'il n'y paraît. Oui je sais, je suis moi même un brin farfelue ! l'histoire se déroule dans un futur pas si éloigné. Un tyran humanoïde règne sur les survivants d'une Humanité décimée par un terrible fléau : un nuage de particules gazeuses délétères, venu de l'espace sidéral, qui contraint hommes et femmes à vivre dans des bulles protectrices et à ne sortir que revêtus de scaphandres. Dans ce monde où vieillards et enfants en bas âge ont été les premiers à succomber au gaz mortel, ce sont les robots qui sont chargés de programmer le travail journalier des esclaves humains. Un cheptel stérilisé, corvéable à merci, qu'une technologie extraterrestre maintient en vie tant qu'on a besoin de lui. Tout manquement à la Loi, toute incartade, toute velléité de rébellion est sévèrement puni.
L'unique tâche des rares survivants est de maintenir ouvert le continuum espace-temps qui permet au Tyran de transmuter sur Terre le reste de son peuple, avant l'extinction de sa propre planète, brûlée par les radiations solaires dont elle se rapproche dangereusement. Pour ce faire et par roulement à travers le monde, ses soldats robots entassent les équipes hebdomadaires dans des vaisseaux à propulsion subluminique qu'ils font alunir sur la face cachée de notre satellite. Ils y déposent les esclaves humains qu'ils obligent alors à chanter, chanter, chanter jusqu'à épuisement. Que ce soit une cacophonie importe peu, c'est ce chœur de voix humaines qui garde ouverte la porte spatiotemporelle. Quand le dernier habitant de la planète en péril aura franchi le passage, qu'adviendra-t-il de l'Humanité ? 
Protégée par mon scaphandre, je chante, chante, chante avec les autres. Soudain, remplie d'une terreur sans nom, je réalise que j'ai intégré la dystopie que je suis en train de lire. 
Vite, vite, refermer le livre, revenir  à mon présent ! Ce monde n'est pas utopique mais c'est le mien !
Trop tard !




09 mars 2026

Croqueurs de mots-Défi N°322

***
C Salade de rêves 

Défi 322 proposé par Domi
Thème 14 : Moi aussi j'ai marché sur la lune

Au clair de la lune

Quand j'étais petite, moi aussi j'ai marché sur la lune ! 
Je sais, vous allez dire que j'invente, que c'est l'âge qui me joue des tours, que peut-être je perds un peu la boule... 
Alors moi, je vous assure que pourtant c'est la stricte vérité et je peux le prouver !
- Tu peux le prouver ?
-Je peux !
-A mon avis, elle radote la pauvre ! Ce n'est pas qu'un peu qu'elle perd la boule ! Tu ne crois pas Pierrot ?
-Je suis bien d'accord ! Marcher sur la lune ! Et puis quoi encore ? Je ne sais pas ce qu'elle prend mais c'est costaud !
-Hep ! Je vous entends hein ! Je vieillis mais je ne suis pas sourdingue ! Je vous raconte comment c'est arrivé ?
-C'est ça, raconte, nous sommes toute ouïe, ha ha ha !
- Je me revois encore. Je suis en train de faire mes devoirs, le truc que je détestais le plus au monde à cette époque ! Et là, paf ! Je me retrouve instantanément sur la lune !
- Tu veux dire dans la lune ! De ta part ça ne serait pas surprenant, pas vrai Colombine ?
-C'est sûr mon Pierrot chéri !
- Très drôle ! Non ! J'ai bien dit sur la lune !
-Tu as dit aussi que tu peux le prouver, c'est le moment ou jamais ! Ma Colombe et moi on t'écoute !
- Quand j'étais petite, mes parents me disaient souvent que je n'avais pas les pieds sur terre ! Cette phrase a fini par faire son chemin dans ma tête ! Je me disais que finalement, ce n'était pas drôle d'avoir les pieds sur terre ! Alors ce jour-là, j'ai oublié mes devoirs et  ni une ni deux, je me suis envolée...
- Et ?
- J'ai atterri sur la lune, ou du moins j'ai aluni ! Et je ne suis jamais redescendue !
- Elle se moque de nous je pense Colombine ! A qui on parle là, hein? Une extraterrestre ? Un clone ?
- Tu as raison Pierrot ! Tu ne nous prendrais pas pour des idiots par hasard Anne-Marie ?
-Un peu quand même les tourtereaux !
- Je ne t'ai pas crue, tu sais ! Tu l'as crue toi Colombine ?
- Pas du tout !
- Mais vous m'avez écoutée ! Moralité : si vous voulez garder les pieds sur terre, n'écoutez jamais les histoires d'une rêveuse invétérée ! En revanche, si vous souhaitez vous envoler, suivez-moi ! En route pour la lune !
"Au clair de la lune, mon ami Pierrot
Prête moi ta plume
Pour écrire un mot..."

23 février 2026

Défi N°321 des Croqueurs de môts


Voici ce qu'elle nous propose :
Pour cette semaine vous allez devoir composer avec des consignes bien singulières. Plusieurs éléments à mettre en scène.
Vous commencerez par placer des personnages qui devront faire face à des situations.
Le neveu de Lucienne
Un chômeur hyperactif
Un personnage décide que c’est la dernière fois
Cela se passe parmi des grands singes
Avec un problème : le poisson n’était pas frais
Utiliser des objets : une jupe très courte, un pinceau et un escabeau
texte comique et déjanté recommandé mais vous pouvez en écrire une tragédie grecque.
***

Conversation dans l'espace des grands singes

- Au fait Tarzan tu sais qui j'ai rencontré hier ?
- Ben non Jane, mais dis moi vite, j'ai hâte de savoir !
- Marceau, le neveu de Lucienne !
- Lucienne ? Qué Lucienne ?
- Voyons Tarzan ! Ma vieille copine de lycée qui se prend encore pour une minette de 15 ans avec sa jupe  très courte et ses baskets !
-Ah ! Cette Lucienne là !
-Parce que tu en connais une autre toi !
- Ben oui ! La femme d'Edgar
- Tu perds la boule mon pauvre ! Celle-là, c'est Lucie qu'elle s'appelle ! Elle et son mari ont un fils qui ne fout rien à part courir réclamer du fric à papa maman. Ah pour ça, il sait se démener ! Un vrai de vrai chômeur hyperactif !
- C'est quoi un chômeur hyperactif ?
- Exactement ce que je t'ai dit, quelqu'un qui remue beaucoup pour ne rien faire. Un brasseur d'air quoi ! Un boulot apparemment très crevant !
- Et alors ! Lucie, elle a peut-être un neveu qui s'appelle Marceau !
- Ça changerait quoi puisque ce n'est pas Lucienne. Et moi c'est du neveu de Lucienne dont je te cause ! Marceau le véto !
- Et elle devient quoi Lucienne ? Si je me souviens bien, la dernière fois qu'on a mangé chez elle, le poisson n'était pas frais et la viande carbonisée !
- Tu n'es pas au courant ? Je vois à ta tête que tu n'es pas au courant !
- Ne me fais pas languir Jane, raconte ! Et fais vite parce que les "petits" ont faim !
- Elle s'est cassé la figure en repeignant ses fenêtres ! Elle est tombée de l'escabeau et crac, une jambe cassée. Ça aurait pu être pire ! Elle ne s'en sort pas si mal finalement !
-Comment as-tu appris ça toi ?
- C'est Marceau qui m' a raconté. C'est lui qui l'a retrouvée en allant lui rendre visite ! Un coup de chance. Il l'a entendue. Il taut dire qu'elle braillait comme un putois ! Il a réussi à forcer la porte. Elle était étalée par terre, recouverte de peinture blanche. Tu me croiras si tu veux, elle n'avait pas lâché son pinceau !
- Quelle idée aussi de vouloir tout faire toute seule comme quand elle était jeune !
- C'est bien vrai ! Après cette chûte, elle a juré ses grands dieux que c'était bien la dernière fois qu'elle grimpait sur un escabeau !
- Quelle histoire ! Dis moi, tu l'as croisé où Marceau ?
- Ici, voyons mon chéri ! Tu sais bien qu'il vient une fois par mois vérifier l'état de santé des petits
- Bahhh ! J'étais où moi alors ?
- Toi, tu faisais une grosse sieste avec Rocko ! Vous vous étiez encore gavés de bananes ! Ce grand singe gourmand a une très mauvaise influence sur toi ! Il va falloir que je te mette au régime Tarzan !
- Au régime ? Mais j'y suis déjà ma Jane adorée ! 

09 février 2026

Défi 320 des Croqueurs de mots-Ma participation

 N°320 proposé par Durgalola
J'ai écrit une fable à ma façon en 2024, inspirée par deux messieurs de ma connaissance qui se disputaient les faveurs de la même jeune femme. J'y ai juste ajouté une strophe pour y inclure une des deux expressions proposées par Durgalola
***
"Je me sers des animaux pour instruire les hommes"
Jean de La Fontaine
*
Les deux coqs

Deux coqs se chamaillaient pour une jolie poule
Sous les yeux amusés de tout le poulailler. 
Ils luttaient pied à pied à en perdre la boule,
La coquette ravie, semblait s'en amuser.

- Je l'ai eue avant toi petit, ne t'en déplaise !
Se vantait le plus vieux, dressé sur ses ergots.
- Tu l'as eue en effet ! Eh bien j'en suis fort aise
Vu que c'est moi céans, qui détient le gros lot !

Répondait le plus jeune, le torse bombé.
Dans cette basse-cour vivent d'autres poulettes
Aucune ce me semble ne t'a regardé !
Mais tu n'as plus la cote, Où avais -je la tête ?

Tu te crois coq hardi, or tu n'es qu'un vieux beau !
- Holà ! Ferme ton bec prétentieuse volaille
Sinon je t'écrabouille et je te fais la peau !
- Contre moi vieille barbe tu n'es pas de taille !

- Approche ! Tu vas voir de quel bois je suis fait,
Je m'en vais de ce pas te voler dans les plumes !
- Tu ferais mieux je crois, de déclarer forfait,
C'est toi qui va finir le nez dans le bitume !

Tandis que nos deux coqs, la crête émoustillée,
Se livraient énervés à leur joute verbale,
L'objet de leur querelle, pour finir lassée,
Avec un  coquelet est partie en cavale.

Celui-là n'était pas pelleteux de nuage
A vouloir à tout prix se montrer le plus fort.
Sans combattre et risquer d'abimer son plumage,
Discret il a conquis la poulette aux œufs d'or.

22/02/2024 - 05/02/2026 
©Anne-Marie Lejeune (An'Maï)

12 janvier 2026

N°316- Potion philosophale et ragoût "Chteumeuleu"


Défi 318 proposé par Martine Martin

Je mets ce vieux poème parce qu'il me semble correspondre à l'esprit de ce défi :


Potion philosophale


Dans le chaudron de mon cœur

Je prépare ma potion :

Quelques pincées de bonheur,

Du concentré d’émotion,


Quatre kilos de sourires

Arrosés de bonne humeur,

Quelques morceaux de délire

Un gros bouquet de douceur,


Une poignée de tendresse

Émincée très finement,

J’ajoute de l’allégresse,

De l’humour, très largement.


Pour lier ce doux breuvage

À la fin je mets toujours,

-L’oublier serai dommage-

À profusion de l’amour.


(9/11/2012)

©A-M Lejeune


Et maintenant une recette mijotée tout exprès pour ce défi gastronomique


Le ragoût "Chteumeuleu"


Allumez un grand feu, mettez-y le chaudron

Veillez à ce qu'il soit accroché comme il faut

Il faudra le remplir d'un bon volume d'eau.

En attendant qu'ça "bouille", épluchez des oignons,


Un bon kilo ou deux, c'est selon votre goût !

Pas besoin de saler, laissez couler vos larmes,

C'est c'qui donne au ragoût, sa saveur et son charme.

Vous pouvez ajouter quelques feuilles de chou


Pour votre "Chteumeuleu", choisissez plutôt celles

Qui racontent la joie et les gais faits divers.

Muscade et paprika, dix grains de poivre vert

Rajouteront du peps à ces bonnes nouvelles.


Ah ! J'allais oublier : jetez dans le bouillon

Vos querelles passées, vos soucis, vos embrouilles

Quelques navets dodus  et une belle  d'andouille,

Du venin de commère mais juste un soupçon.


La cuisson atténue l'amer des ingrédients

Qui relèvent  un peu ce bon ragoût de fête.

Sans casser quelques œufs, fait-on une omelette ?

Vous verrez que l'ensemble  en sera plus gourmand !


Laissez tout mijoter, une heure ou deux, ou trois.

Ou quatre, en touillant bien  votre  odorant mélange.

Il suffit de sentir pour que déjà l'on mange ! 

C'est prêt ? Alors savourez -le ce "Chteumeuleu" de roi !


Bon app '



 

01 décembre 2025

N° 316 des Croqueurs de Môts :la panne d'électricité


Défi 316 : Proposé par Josette 
Plus d'électricité. Face à l'inattendu. Suite à un phénomène imprévisible, l'électricité: vient à manquer pour une durée indéterminée. Il vous reste une bougie et des allumettes... Vous nous racontez cette expérience. Avec 4 mots imposés ;Atourneuse - Marsouinage - Tranche montagne.
***
Une soirée tranquille.
19 heures, un début de soirée tout ce qu'il y a de plus tranquille un 1er décembre pluvieux de chez nous dans le Noooord ! Pluvieux et un peu frais il faut bien le dire ! Mais rien de grave, pas de quoi s'en faire ! Nous sommes bien au chaud dans notre logement où les radiateurs fonctionnent impeccable grâce à la fée Électricité. Comme tous nos appareils ménagers au demeurant. Sur la plaque de cuisson mijote notre dîner, une bonne soupe aux châtaignes ramassées cet automne, une petite atourneuse à ma façon comme dit mon mari en parlant de mes recettes. Je ne sais pas où il est allé pêcher ce drôle de mot. Ça lui vient de sa grand-mère maternelle à ce qu'il paraît. Une vieille bretonne opiniâtre qui détestait qu'on la contredise et qui avait un vocabulaire bien à elle. Quand elle parlait de marsouinage, ça n'avait rien à voir avec la pêche au marsouin. Pour elle, le marsouinage, c'était les  éternelles querelles des "bonnes femmes" du quartier qui passent leur vie à s'embarbotter pour des riens. Le genre à faire un tranche-montagne d'un  d'une crotte de souris
Pour en revenir à notre soirée pépère, notre soupe avalée, nous nous installons dans la canapé devant la télé pour regarder la fin de notre série préférée du lundi "Menace imminente", avec Patrick Bruel ! Soudain tout devient noir. Une panne intempestive et générale comme le constate vite fait mon mari en allant jeter un coup d’œil dehors. Plus qu'à attendre que le courant se rétablisse ! Le problème c'est que ça dure et que nous n'avons même pas une lampe de poche. Pour moi, être dans le noir complet, c'est l'angoisse absolue. Je panique tandis que mon mari tâtonne à la recherche de la boîte d'allumette et de l'unique bougie que nous gardons pour ce genre d'imprévu rarissime. Je l'entends se cogner à la table de la cuisine. Il lâche un "merde !" retentissant avant de me rejoindre, victorieux, à peine éclairé par la maigre lueur de la flamme vacillante de la bougie. Une soucoupe, un peu de cire fondue et notre petite chandelle miraculeuse tient debout. Côte à côte sur le canapé, une couverture sur les genoux, nous la regardons se consumer en évoquant d'autres jours comme celui-ci dans notre enfance. Des soirées de panne à la lueur d'une bougie, rassemblés près du poêle à charbon, à une époque où l'électricité n'avait pas encore pris toute la place dans les foyers. La lumière revenue nous trouve endormis, pelotonnés l'un contre l'autre sous la couverture..

22 septembre 2025

N° 311 ces "Croqueurs de môts" - Rosa

 

N°311

Proposé par Jill Bill

Chatte sur un vélo de « Alain Séchas »
(Photo JB Bruxelles 2024)
*
Trois mots imposés : Lavoir, l'avoir, la voir
***
Rosa

Rosa sur son vélo
Au lavoir vite alla
Frotter short et maillot,
Tout ça sans tralala

Vous auriez dû la voir 
La chatte de gouttière
Qui jouait dans le noir
La jolie lavandière

Elle s'en est allée
Comme elle était venue
Sur la route pavée.
Je sais pour l'avoir vue

Fut immortalisée
L'étrange apparition.
Sur son vélo posée
Elle fait sensation !



08 septembre 2025

N°310 des Croqueurs de môts - Trouvaille au bois


Qu’avez vous fait pendant cette longue escale caliente ? Eh bien vous vous êtes baladés et vous avez trouvé au cours de votre rando une vieille chaussette. Elle était dans les fougères, sur la mousse, accrochée à une branche, au sommet du Ventoux ou dans la mare des canards. A vous de nous expliquer ce que cette banale chaussette pouvait bien faire là.
***

 

Trouvaille au bois

Le bois où j'aime me balader recèle parfois bien des mystères ! Enfin si c'est ainsi qu'on peut appeler les trucs pas très jolis qu'on y trouve, abandonnés là par des indélicats qui confondent la nature avec une poubelle : canettes de bière, boites de coca cabossées, emballages divers et variés, paquets de cigarettes vides... Une fois, avec une de mes petites filles, nos avons compté plus de cent déchets d'origine humaine sur moins d'un kilomètre de sentier ! C'est moche, pour ne pas dire dégueu, totalement irrespectueux du lieu et de la faune qui l'habite. Je déteste mais même si je désapprouve un tel irrespect, du moins la présence de ces déchets là est-elle explicable ! On boit un coup, on jette. On mange un bout, on jette ! Quoi de plus normal en somme ! Il semble que ce soit dans la nature humaine de dégueulasser son environnement ! Si je ne mâche pas mes mots, c'est que je suis colère comme disait ma grand-mère ! En revanche, voir une vieille chaussette accrochée à une branche qui n'en demandait pas tant, je ne comprends pas ! C'est l'étrange trouvaille que j'ai dernièrement faite ! Étrange parce qu'il n'y en avait qu'une et qu'on ne pouvait la manquer tant elle était bariolée. Vous savez, le genre de longue chaussette à rayures de toutes les couleurs, taille 45, qu'aurait pu porter un clown, pas une simple promeneur du dimanche. Et même si...Pourquoi aurait-il abandonné là une seule de ses chaussettes ? A moins que....Clown ou promeneur original, le monsieur en question se soit rhabillé un peu vite fait après une pause mouvementée avec sa belle et que dans la précipitation, il ait oublié d'enfiler sa deuxième chaussette ! J'ai failli cueillir cette drôle de fleur mais je l'ai laissée où elle était. Si le clown-promeneur repasse par ici, il retrouvera peut-être sa chaussette manquante à sa branche accrochée.

16 juin 2025

N°309 des Croqueurs de Môts - Coup d'œil dans le rétro


N°309
Dômi nous propose de créer un texte en mode abécédaire qui retracera l'année que nous venons de passer tous ensemble, une sorte de rétrospective joyeuse !,

Coup d'œil dans le rétro

Ah les mots, les môts !
Bonheur infini des crôqueuses et crôqueurs !
Chacun à notre tour, capitaine du fabuleux rafiot
Dômi notre amirale était là pour nous guider
Et nous amener à bon port.
Fantastique voyage
Géniales découvertes
Ho ! Hisse et ho, Vaillants matelots !
Innombrables furent les îles
Joyeux fut l'équipage !
Kaléidoscope d'esprits subtils, nous
Larguions les amarres !
Mille mots, mille verbes
Nous attendaient au large !
Offrant à nos plumes vagabondes
Pleines de rêves et d'envie
Quelques raisons de mouiller l'encre
Riches furent les rencontres
Savoureux les mets de la cambuse !
Toutes et tous nous les avons goûtés
Unis (es) par le même appétit
Vorace pour notre belle langue !
Waouhhh ! Que de créativité !
X et x pétillantes idées
Y ont jailli, y jailliront encore
Zone pour longtemps ouverte à l'imagination !

Alors merci à Dômi pour cette belle année
Merci à tous les capitaines qui se sont relayés à la barre
Merci au joyeux équipage du fabuleux rafiot des Crôqueurs de môts.
Qu'il navigue encore longtemps, poussé par le vent de nos imaginations fertiles
 

02 juin 2025

N° 308 des Croqueurs de mots- "Qui suis-je ?" et "Potion philosophale"

 

N°308

Marie-Sylvie nous propose ce sujet : 

Des gastronomes de l'instant.*

Plongez dans l'esprit des " Bons Vivants "et explorez la philosophie du moment présent à travers les mots.  Ce défi vous invite à écrire un texte inspiré par la citation de François Garagnon .Laissez vos plumes célébrer les petits plaisirs et l'art de savourer la vie ...

***
Pour ce défi de Marie-Sylvie, j'ai choisi dans mon recueil "De la source à la mer", deux poèmes qui traduisent assez bien  à mon sens, mon côté "bonne vivante"
***
Qui suis-je ?

À mots couverts je veux vous dire
Ce que je suis, à quoi j’aspire.
Je me sens jeune au fond du cœur
Malgré les années de labeur
Qui pèsent sur mon corps usé
Et sur mes os si fatigués.
Mais dans ma tête caracole
Une adolescente un peu folle
Qui joue le clown depuis longtemps
Pour amuser petits et grands.
Ronde comme mon caractère,
Je suis capable de colères
Que je m’applique à réprimer.
L’amour, je sais le tricoter,
Point après point, jour après jour
Et si pour moi avec toujours
Il rime encor vaille que vaille,
C'est qu’avec ardeur j’y travaille.
Car ma nature percheronne,
Papa normand, maman bretonne
A fait de moi une entêtée
Aux vraies valeurs très attachées.
J’aime la vie passionnément
Et je la croque à pleines dents !

***
Potion philosophale 

Dans le chaudron de mon cœur
Je prépare ma potion :
Quelques pincées de bonheur,
Du concentré d’émotion,
Quatre kilos de sourires
Arrosés de bonne humeur,
Quelques morceaux de délire
Un gros bouquet de douceur,
Une poignée de tendresse
Émincée très finement,
J’ajoute de l’allégresse,
De l’humour, très largement.
Pour lier ce doux breuvage
À la fin je mets toujours,
-L’oublier serai dommage-
À profusion de l’amour.

19 mai 2025

N°307 des Croqueurs de môts -L'heure du bain

Zaza nous propose !

Pensez à un objet usuel de la maison et écrivez une petite histoire en le faisant vivre et en insérant éventuellement des dialogues savoureux! L’humour est vivement conseillé.

L’heure du bain

Ouf ! C'’est l’heure du bain, enfin ! Après cette longue journée de boulot, c’est largement mérité ! Je suis sale comme mon pote Peigne qui vit à l’étage au-dessus et que je n’ai rencontré qu’en de rares occasions, tout à fait par hasard ! Soit dit en passant, je suis heureuse et soulagée que nous n’utilisions pas la même baignoire (Lol !)
Un vrai hippy celui- là ! Toujours plein de cheveux comme Brosse, sa meuf qui est encore plus chevelue que lui !
Bon, revenons-en à nos moutons ! Vous voulez savoir pourquoi je suis si dégueu en fin de journée ? C‘est à cause de mon taf : je suis touilleuse. C’est ma principale fonction même si mes patrons m’utilisent à d’autres tâches de bouche à l’heure du dessert en particulier, comme cela aurait dû être le cas aujourd’hui.
Que je vous raconte ma journée à présent.
Aujourd’hui donc, c’était réception des Grandes Occasions dans l’entreprise : le repas du nouvel an que les patrons fêtent chaque année avec toute la famille. Mes copines et moi, tout comme les autres membres de l’honorable confrérie de la Ménagère en Argent à laquelle je suis si fière d’appartenir, nous avons été sorties très tôt du grand dorbuffet quatre étoiles de la Salle-à-manger, puis retirées une à une avec beaucoup de ménagement, de la mallette-lit très confortable que nous partageons. Passage en revue des troupes, obligatoire !
La tenue se devait d’être parfaite : propreté impeccable, teint brillant, dos droit. Les tordus ou les ternis finissent inévitablement dans les casiers-lits de métal du dortiroir de la cuisine, réservé aux subalternes Un lieu horrible d’après que j’en sais par ouï-dire, où règne une abominable promiscuité ! Les exclus de la Ménagère en Argent y finissent leurs jours sans plus jamais connaître ces moments de gloire et d’intense satisfaction que nous autres, employés exclusivement pour ces grands moments, sommes les seuls à vivre !
Ouf, j’étais nickel chrome ! Les autres aussi ! Nous avons donc été disposés comme il se doit à la place qui nous revient. De même que mes amies Petites Cuillères d’Argent, on m’a installée au pied de deux potes des grandes occasions, Verre à Vin et Verre à Eau qui font partie de la confrérie des Verres en Cristal. Les membres particuliers de la joyeuse famille des Verres à Apéritif, ont été installés à part dans le salon. Quant aux gracieuses Flûtes à Champagne, elles ne nous ont rejoints qu’à la fin des agapes.
Verres en Cristal et Couverts en Argent, nous étions tous au garde-à-vous autour de celles qui dominent généralement la tablée de leur incontestable majesté, ces dames Assiettes en Porcelaine à Liseré d’Or, héritage sacré légué à son fils par la mère du patron.
Nous étions prêts pour le service ! Certains officièrent seuls, comme les Cuillères à Soupe, les Cuillères à Dessert et les Petites Cuillères, d’autres en doublon, comme les Fourchettes et les Couteaux, par catégorie et en respectant l’ordre donné.
Pour ma part, afin que vous compreniez mieux mon état de saleté avant ce bain tant attendu, il faut que je vous raconte finalement à quoi j’ai servi et à qui surtout !
J’étais à la disposition d’un enfant ! Ceci explique cela ! Il ne connaissait pas les règles en usage pour une Petite Cuillère en Argent digne de ce nom ! Il m’a trempée dans la mayonnaise, vous vous rendez compte ! Moi, dans de la mayonnaise ! Beurk ! Et plusieurs fois je vous prie ! Quel petit malotru ! Ils auraient dû lui prêter une des Cuillères en inox de la cuisine ! Pour pouvoir continuer à se servir de moi à sa guise, il m’a trempée dans son verre d’eau. Gloupsss ! J’ai horreur d’être ainsi baignée dans de l’eau froide sans savon ! Ensuite, il m’a essuyée sans délicatesse avec un coin de sa serviette !
Et ça a continué ! Après le saumon mayonnaise, j'ai eu droit au foie-gras généreusement tartiné par le sale gosse -avec mon aide bien sûr- de compotée de figue et d'oignons confits et hop, trempette dans le verre d'eau !
Puis ce fut la sauce du civet de sanglier "Grand-Veneur"! Nouvelle baignade forcée ! Pomme de terre en papillote tout juste sortie du four, ouille ! Ça brûle ! Vinaigrette, aïe ! Ça pique ! Il y a même un chien qui m’a léchée ! Dégoûtant ! Et chaque fois un tour dans Verre à Eau dont le contenu devenait de plus en plus infâme ! J’étais écœurée, lui aussi ! Pauvre Verre à Eau bafoué de la plus horrible des façons ! Servir de baignoire occasionnelle à une petite cuillère fût elle en argent, quelle indignité pour un verre en pur cristal de Baccarat !
Et je ne vous dis pas l’état de Serviette Blanche ! Tachée de partout, humide, froissée ! Comme tous les employés temporaires de ce sale gamin, elle avait hâte que ça se termine. Même Verre à Vin n’en pouvait plus ! Censé ne pas servir pour cet invité-là, on l’avait rempli d’un infâme jus de fruit trop sucré qui l’avait rendu aussi poisseux qu’un pot de miel ! Il déteste ça ! Quel déshonneur pour lui qui n’aime rien autant qu’être rempli comme il se doit, de grands crus millésimés  !
Pour en revenir à moi, j’ai terminé barbouillée de mousse au chocolat, de coulis de framboise et de crème Chantilly ! Je n’ai même pas eu droit à un bon café bouillant qu’on amène aux grands invités dans ces jolies demoiselles Tasses à Café, en porcelaine blanche assortie à celle de leurs aînées Assiettes ! J’aurais touillé avec un plaisir intense ce délicieux breuvage fumant !
Le petit sagouin m'a posée sans ménagement dans Assiette à son service, encore pleine de reliquats peu ragoûtants, en compagnie de Fourchette et de Couteau aussi sales que moi ! Il s’est essuyé une dernière fois avec Serviette Blanche si crasseuse qu’elle en aurait pleuré de honte, comme nous tous ! Puis il a quitté la table sans attendre d’en avoir la permission, en faisant tomber Chaise et en hurlant comme un goret qu’on égorge !
Vous comprenez mieux à présent, je l’espère, pourquoi j’ai attendu l'heure du bain avec impatience ! Un bain de luxe réservé uniquement à nous autres, dignes membres du Service des Grandes Occasions ! Dans une jolie baignoire remplie d’eau chaude, parfumée, savonneuse à souhait. Nous y sommes lavés puis essuyés avec une délicatesse infinie, avant d’être déposés dans nos mallettes-lits capitonnées de satin champagne, elles -mêmes ramenées avec moult précautions jusqu’à l’imposant dorbuffet fleurant bon la cire d’abeille. Là, nous profitons alors enfin d’un long repos bien mérité jusqu’à la prochaine Grande Occasion !
Tout compte fait, en dépit de ce type de désagrément pas si fréquent ma fois, je suis une touilleuse heureuse !
Je pense parfois à nos collègues de la cuisine !
Moins bien lotis que nous, ils doivent se contenter de la douche commune où ils sont lavés sans les douces mains de Maria et où ils sèchent seuls, enfermés jusqu’à ce que des mains secourables se rappellent qu’ils sont là. Parfois, c’est inimaginable pour moi, ils y passent même la nuit !
Ça y est, c’est le tour des membres de la Ménagère en Argent ! En douceur, nous sommes plongés dans la baignoire …
Ahhhh quel délice !