Pour "Les croqueurs de môts" , proposé par Jeanne Fadosi
Illustrer
à votre manière (prose,
vers, dessins, images)un
monde où le temps serait aboli.
(Celui de l'Histoire ou celui de la météo ou les deux)
(Celui de l'Histoire ou celui de la météo ou les deux)
Ô
temps...
Assise
en haut de la dune, Julia regardait les vagues lécher paresseusement
la grève. Une brise légère et iodée courbait doucement les oyats.
Quelques rares promeneurs arpentaient encore la plage abandonnée par
les baigneurs. Des escadrilles de mouettes criardes survolaient les
derniers bateaux de pêche. L'océan turquoise commençait à se
teinter de rouge et d'or. Le soleil entamait sa descente à
l'horizon. Julia ne se lassait pas de ce spectacle somptueux. Elle
allait en contempler chaque minute, jusqu'à l'ultime instant, quand
l'astre éteindrait ses derniers feux dans le flot miroitant. Tandis
qu'elle laissait glisser une poignée de sable entre ses doigts,
quelque chose l'interpella. Plusieurs même à dire vrai. Les
promeneurs en contrebas, paraissaient figés dans leur marche
tranquille. Là-bas, à la limite des vagues, le jogger avait été
stoppé en plein élan. La paisible rumeur de la marée descendante
s'était tue et le mouvement du ressac avait cessé, tout comme
s'était tu le criaillement des mouettes arrêtées en plein vol. Le
soleil flamboyant avait d'un seul coup interrompu sa course au ras
des flots. Au loin, les bateaux qui rentraient au port, ne voguaient
plus. A présent, dans le scintillement désormais figé de l'océan
rougeoyant, leur sillage écumant semblait peint.. Sur la dune, le
vent ne soulevait plus le sable dont les dernières envolées étaient
comme suspendues dans l'air immobile. Les oyats ployés ne relevaient
plus la tête. Même ses longs cheveux blonds dénoués, ne
voletaient plus autour de son visage Le plus étrange était
qu'entre ses doigts, les grains dorés ne s'écoulaient plus, bloqués
entre sa main et le sol. Inquiète, elle tenta de se lever sans y
parvenir. De la même stupéfiante façon que tout le reste autour
d'elle, elle était figée dans le tableau d'un sublime soleil
couchant. Prisonnière, condamnée à l'immobilité éternelle. Le
temps s'était arrêté. Seul son cerveau fonctionnait encore à
plein régime. Alors elle se souvint que juste avant que ne débute
l'étrange phénomène, les vers d'un poème de Lamartine appris au
collège, avaient résonné dans sa tête :"Ô temps, suspends
ton vol ! Et vous, heures propices, suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos
jours ! "
Vite,
vite, retourner en arrière et effacer ces mots de son esprit avant
que ses pensées elles aussi ne se figent !
Autour
d'elle, le tableau s'anima, la vie reprit son cours et le temps sa
course folle. Ouf ! Il était moins une !
Magnifique texte pour relever le défi, Anne-Marie ! Bravo et bonne soirée de ce lundi. Bisous
RépondreSupprimerDans les moments heureux, ô temps, oui suspends ton vol.... amitiés, jill
RépondreSupprimerQuand le temps s'envole ouf il faut savoir le suspendre, bravo
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