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Courir et réfléchir
Outre la salle chaque vendredi soir, sacrifier à son jogging matinal n'est plus un problème depuis longtemps pour Philomène. La naissance du jour lui semble le moment idéal pour recharger ses batteries à plat. C'est aussi et surtout pour elle une façon de faire un clin d’œil quotidien à son défunt mari qui adorait se livrer avec elle à ce rituel si bénéfique pour le corps autant que pour l'esprit. Après sa disparition, elle a laissé tomber le sport, s'est négligée et a pris beaucoup de poids. Dans le même temps, elle a commencé à adopter un ton très rugueux avec ses collègues qui ont pris assez fraichement sa nouvelle attitude à leur égard. La populaire Philomène Demolin au caractrère si avenant est devenue tellement invivable que sa carrière a failli en prendre un sérieux coup d'arrêt ! Plus personne ne voulait faire équipe avec elle. En haut lieu, on commençait même à avoir des doutes sur sa capacité à mener une enquête sans péter un plomb à la moindre anicroche. Alors elle s'est obligée à se reprendre en main. D'abord, elle a demandé un congé sabbatique que ses supérieurs lui ont octroyé, trop heureux de se débarrasser d'elle ne serait-ce qu'un temps !. Puis elle a recommencé à courir à l'aube en souvenir de son homme dont le regard accusateur la poursuivait jusque dans ses rêves. A la suite de son congé, elle a obtenu le droit de reprendre l'école pour devenir commissaire, tout en continuant à s'astreindre à un régime strict afin de retrouver sa forme de jeune flic dynamique. Quand tous ses objectifs ont été atteints, elle a demandé sa mutation pour un commisariat où nul ne la connaisait et elle a repris son nom de jeune fille. Exit Philomène Demolin, bonjour Philomène Larivière.
Elle n'oublie pas son mari mais désormais, elle ne laisse plus le chagrin de son absence interférer dans sa vie professionnelle. La seule chose qu'elle a conservée de ce temps-là, c'est son jogging à l'aube et par tous les temps. Ce matin ne fait pas exception. Courir l'aide à réfléchir. Les rouages bien huilés de son cerveau tournent à plein régime. L'affaire de «l'énucléateur» comme on a baptisé l'horrible criminel, n'est toujours pas bouclée. Une autre famille a été massacrée mais le modus opérandi est différent. Le père, la mère et leurs trois enfants, ont été tués d'une balle dans la tête avant d'être éviscérés. On ne peut donc pas imputer ce crime odieux à l'énucléateur même si les deux affaires ont un point commun, le sexe et l'âge des enfants : une fillette de deux ans et deux garçonnets de quatre et six ans. C'est là qu'il faut creuser se dit Philomène : les victimes, pas le mode opératoire.









