Parasols
toile de Eduardo Ungar (clic) merci à Emma et en hommage
le mot facultatif : souvenir
***
Réconciliation-Monopoly
Les vieux amis
Rappelle toi mon ami, mon vieux copain d'enfance, ce baiser sur ta joue déjà ronde. Nous avions passé l'après midi à jouer au Monopoly avec mon frère et ta sœur. Tu guignais l'Avenue des Champs-Élysées et la Rue de la Paix. Je tes les avais soufflées sous le nez. Tu m'en avais tellement voulu que ça avait fait rire les autres ! Énervé plus que de raison, tu avais balayé cartes et pions d'un revers de main rageur avant de quitter la table et d'aller bouder tout seul dans ton coin. Nous n'étions que des gosses mais ce souvenir reste gravé dans ma mémoire, tout comme celui de notre réconciliation avec ce baiser sur ta joue et ces mots de consolation que je t'avais murmurés à l'oreille :« Promis Jacquou, la prochaine partie je te les laisse !»
Nous avons grandi Jacques ! Les rondeurs, toi et moi, nous les avons prises de partout. Mais qu'importe que les années nous aient changés, jusqu'à aujourd'hui, nous sommes parvenus à rester les meilleurs amis du monde. Oh ! Comme je voudrais que rien ne change ! Assise à la terrase du Grand Café, sous l'un des parasols jaune et vert qui la fleurissent, je t'ai vu arriver, ton bouquet de fleurs caché dans le dos. Je sais ce que tu mijotes mon vieux pote ! Je sais que tu crèves d'envie d'entamer avec moi une partie d'un tout autre genre que celles qui nous rassemblaient autour d'une carte de Monopoly.
Depuis bien des jours, crois-moi, j'ai capté tous les signaux que tu m'envoies ! Déjà, quand tu étais môme, tu ne savais pas dissimuler tes sentiments !
Mon cher Jacquou, comment te dire sans te blesser que ce que tu rêves d'emporter et qui est pour toi tellement plus important que l'Avenue des Champs-Élysées et la Rue de la Paix réunies, tu ne l'obtiendras pas. Notre amitié m'est précieuse, la perdre me ferait énormément souffrir ! Pourtant, je crains que cette fois, aucun baiser sur ta joue ronde, ne puisse en recoller les morceaux quand je t'aurai dit ce qu'assurément, tu ne souhaites pas entendre.
Cigarette à la main, assise à cette table devant le verre que je m'apprêtais à siroter, je t'observe du coin de l’œil. Tu es si prévisible mon vieil ami, que j'entends déjà ce que tu veux me dire ! Et je vais t'arrêter avant que tu ne le fasses ! Je le dois au souvenir sacré de notre amitié d'enfance. J'ai quelqu'un dans ma vie alors Jacques, même si ça doit te briser le cœur,il faut que tu acceptes le fait que nous ne serons jamais rien d'autre que de vieux amis.
An'Maï







