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Phrases : chemisier à carreaux - le maire de
la commune - un temps de chien - une blouse blanche - allez,
asseyez-vous - filet d’eau - un bouquet de fleurs.
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Mots ou expressions : avoir le béguin –
bibelots – raire – bugle – animal.
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et/ou Thème : Campagne
Avoir
le béguin pour Paul Leduc, le maire de
la commune qui est également le seul médecin à des
kilomètres à la ronde, est le plus compliqué des dilemmes pour
Manon, la sauvageonne qui vit seule dans sa bicoque encombrée de
bibelots hétéroclites. Une cabane plus
qu'une maison à la sortie du village, assez éloignée du centre
pour qu'elle s'y sente en sécurité mais encore trop près à
son goût pour sa tranquillité. Il ne se passe pas un jour sans
qu'un gamin mal élevé ne vienne toquer à sa porte en l'accablant
des pires moqueries. "Sorcière ! Boiteuse ! Pouilleuse !
Laideron !".
C'est
la campagne
profonde ici. Un bois où elle
aime se promener à l'aube en jeans et chemisier à carreaux, chaussée de ses vieilles baskets; une petite
rivière qui se transforme en filet d'eau
lors des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents; des
prés pour faire paître les troupeaux, des champs de blé et de
pommes-de terre, les principales cultures du coin.... Pas de quoi
illustrer une carte postale ! Le village en lui-même, c'est
l'église, la mairie-école, la maison du maire qui est également le
cabinet où il reçoit sa patientèle avec une
blouse blanche à l'ancienne alors qu'il a tout juste la
quarantaine ! Trois grosses exploitations agricoles flanquées de
leurs habitations cossues, un café-épicerie-dépôt de pain et une
cinquantaine de maisons aux murs teintés d'ocre et aux toits de
lauses. On a vite fait le tour.
Ici,
tout le monde connaît tout le monde. Et tout le monde clabaude à
qui mieux mieux sur la pauvre sauvageonne qui vit seule, comme un
animal pestiféré dans sa cabane
délabrée depuis la mort de son père, un alcoolique notoire. Sa
mère n'est pas morte mais c'est tout comme puisqu'elle s'et enfuie
avec un autre homme en la laissant avec son géniteur. Elle n'avait
que 12 ans et à partir de ce jour, sa vie avec ce dégénéré a été
un enfer. Il n'a jamais abusé d'elle en revanche, il la battait
comme plâtre à tout propos et pour couvrir ses pleurs, il jouait du
bugle à tue-tête. L'instrument maudit est tout ce qu'il lui
a laissé ! Ça et la jambe droite déformée, cassée l'année de
ses 16 ans, un soir où il était rentré ivre-mort. Sans soins, l'os
s'était réparé à la va comme je te pousse. C'est depuis ce
temps-là qu'elle claudique, d'où le triste surnom. de boiteuse, entre autres. Les
quelques sous qu'elle gagne, c'est en faisant le ménage deux fois
par semaine, à cinq kilomètres de là, chez une vieille dame de la
ville voisine où personne ne la connaît .C'est là-bas qu'elle fait
des courses de première nécessité. Le reste du temps, pour se nourrir, elle chasse du petit gibier, ramasse et cueille ce que la nature lui donne gratuitement. Pour s'habiller, elle accepte sans aucune honte les vêtements que d'anonymes bonnes âmes déposent parfois dans des cartons sur le pas de sa porte quand elle n'est pas là.. Il y en a peu mais il y en a ! Il arrive que quelques vivres soient ajoutés à ces dons.
Il
fait un temps de chien ! Manon tousse à
s'en déchirer la poitrine. Hier elle a voulu aller se cueillir un
bouquet de fleurs des champs et elle a
pris froid. Elle entend raire le grand
cerf dans le bois. L'automne sera bientôt là, puis l'hiver... Elle
ne peut laisser la maladie s'installer. Il faut qu'elle aille
consulter le trop séduisant médecin de campagne dont elle s'est si
vite éprise l'année passée, lorsqu'un chien errant a mordu
férocement sa jambe torse. Alors qu'il faisait sa tournée quotidienne, c''est lui qui l'a retrouvée, inanimée,
sur le chemin du village. En reprenant connaissance, c'est son beau
visage inquiet qu'elle a vu penché vers elle. Coup de foudre
instantané pour elle ! Sous le choc et malgré la douleur, elle a tenté de s'enfuir. Il
l'a rattrapée sans peine, l'a fait monter dans sa voiture et l'a ramenée chez elle. Là, il l'a soignée sans
rien lui demander en retour, lui faisant promettre de venir le voir
au moindre souci de santé. Elle ne l'a pas revu depuis.
Elle
attend son tour sous les regards aussi curieux que dégoûtés des autres patients. "La sorcière, ici !" semblent-ils dire.
Il
sort, la fait entrer sans même la regarder. "Allez,
asseyez vous" Dit-il. Puis il lève enfin les yeux.
"
Vous ?" Lâche-t-il dans un souffle, l'air à la fois étonné et
heureux.
Manon
sait à présent que le coup de foudre n'a pas été à sens unique.