-
Phrases : pot d’échappement - un regard furieux - occasions
spéciales - une vie naturelle – le regard vide -
ses culottes courtes - une grande inspiration.
-
Mots ou expressions : s’anuiter – correspondance -
pardessus – douloureux – partiellement
-
et/ou Thème : TRISTESSE
s'anuiter
: s'obscurcir
avec la tombée de la nuit
se
laisser surprendre par la tombée de la nuit
***
Oleksandr
Dans
son vieux pardessus
gris,
le regard vide et
le cœur
douloureux,
ombre parmi les ombres de cette fin de journée,
Oleksandr
errait
dans
la rue qui s'anuitait
.
Déjà, il ne voyait plus que partiellement
le ciel, à la faveur d'une trouée dans les hauteurs,
entre
les
tours gigantesques de
la
nouvelle résidence
en
cours de construction
pour laquelle
il faisait partie de l'équipe des poseurs de fenêtres.
Il
avait raté la dernière correspondance
pour rentrer chez lui après de longues heures d'un travail épuisant
sur le chantier.
Il faisait encore froid. le printemps tardait à s'installer. Il
allait devoir se taper deux bonnes heures de marche
et supporter la
fumée des
pots
d'échappement
mal réglés,
avant de retrouver la maigre chaleur de son logement,
au dernier étage sans ascenseur d'une tour assez semblable à celles
sur lesquelles il travaillait.
Ça lui laissait le temps pour réfléchir avec tristesse
à tout ce qu'il avait laissé derrière lui, là-bas en Ukraine, la
terre de son enfance : une
vie naturelle
avec Olena sa femme bien aimée et Kostia, leur fils de 8 ans.
Il les revoyait
tous les deux le jour de son départ pour la France.
Sa jolie et courageuse Olena qui luttait pour retenir ses larmes et
Kostia, fier et droit dans son jean troué aux genoux, qui lui
promettait de prendre soin de sa maman. A cet âge-là, lui ne
portait pas de jeans. Il avait dû supporter ses
culottes courtes
jusqu'à 12 ans ! Le pantalon c'était uniquement pour les occasions spéciales.
Un
coup de klaxon rageur le tira brutalement de ses souvenirs heureux.
Il se retrouva confronté
à un
regard furieux, celui
du chauffeur
de taxi
qui avait pilé net pour éviter de le percuter de plein fouet !
-Tu
peux pas faire attention connard !
-Layno
!
(merde
!)
!
Vybach
mene! (excusez-moi !) Lâcha-t-il
cœur battant.
Aussitôt,
le regard de l'homme au volant s'adoucit.
-
Alors comme ça, tu es ukrainien
! Moi aussi ! Tu m'as l'air crevé mon pote ! Allez monte,
ça
gueule
derrière
!
Je
te ramène chez toi. On en profitera pour parler un peu du pays. Moi
c'est Nikolaï
et toi ?
-
Oleksandr.
-
Si je t'appelle Olek, ça te dérange ?
-Va
pour Olek, Nikolaï !
-Ben
moi, pour les amis c'est Niko, je préfère !
-Ok
Niko ! Et merci
répondit Oleksandr en prenant une
grande inspiration.
Il sentait la tristesse l'abandonner. Il n'était plus seul.
-De
rien frère !
Ainsi
débuta l'amitié entre deux exilés loin de leur patrie
natale.









